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Extrait 1 - Félinités et présentation

Bonjour. Je m’appelle Cannelle. Je suis une chatte au pelage tricolore.
J’ai vu le jour chez « Monsieur Guy », près d’Entrecasteaux,
dans cette belle région du haut Var. Au coeur d’une immense propriété
située dans un décor de rêve, au milieu d’une forêt d’arbres séculaires et
de plantes aux multiples senteurs. On est venu m’y chercher un matin d’avril
1997. Je m’étais échappée de la portée de ma mère, « le Titou », une chatte
noire, pour me réfugier sous un tas de gros bois car j’étais craintive et sauvage.
Celui qui allait devenir mon bon maître est venu m’y dénicher. Au prix d’une
heure et demie d’efforts et de beaucoup de patience il a réussi à me sortir de
cet endroit difficilement accessible à la main de l’homme. Il s’est alors exclamé
devant « Monsieur Guy » :
- Qu’il est mignon ! C’est le plus beau des chatons. Je vais le garder si tu
veux bien.
C’est ainsi que j’ai été adoptée. Je fus emmenée à Saint-Raphaël sur le littoral
varois, cajolée, dorlottée, chérie... ronronnante de bien-être. Très vite j’ai
pris une grande place dans la vie de cet homme généreux. La gamelle était
bonne et abondante, les câlins aussi. J’ai décidé de rester vivre auprès de lui.
Les jours et les lunes se sont succédé... Et les mois... les années... ont
passé. C’est la vie. J’ai grandi, appris à jouer, à bondir dans les herbes folles
après les insectes et les papillons. J’ai connu mille et une sensations de bonheur,
un beau jardin où les oiseaux foisonnaient. Mon instinct de chasseuse s’est
éveillé et développé. J’ai attrapé plein d’oiseaux... non pas pour les manger mais
plus par plaisir, rien que pour m’amuser. Alors que les réprimandes de mes maîtres
pleuvaient constamment, une véritable jouissance m’envahissait.
Mais ainsi le veut mon tempérament. Il ne faut pas me le reprocher et m’en
vouloir. Ne pas oublier qu’un chat est avant tout un prédateur dont l’instinct est
toujours en éveil. Nul ne peut refaire la nature féline. Ni la Nature universelle,
d’ailleurs, dont des lois subtiles en régissent l’équillibre.
Aujourd’hui, je ne tue plus les oiseaux. Mais depuis, j’ai observé et compris
bien des choses. L’homme, excepté mon maître, n’est pas toujours bon... Pas
toujours loyal... Pas toujours exemplaire... et correct dans la manière de se
conduire vis à vis de ses semblables, des animaux et dans la nature. Moi, je remercie
le ciel... d’être bien tombée... tout en douceur sans me faire aucun mal !
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Extrait 2 - En souvenir d'Esther
Le souvenir d’Esther Yourev hante encore ses nuits blanches. Elle a
tracé dans son corps et fait à son âme une marque indélébile. Il n’oubliera
jamais cette belle jeune fille russe. Ses grands yeux bleus fixés
sur lui le faisaient fondre. Sa bouche sensuelle lui murmurait des douceurs en
parcourant son intimité de ses lèvres chaudes. Ses longs cheveux blonds dorés
descendant en cascade sur ses épaules, dont les pointes créaient mille sensations
en caressant son corps dénudé. Le contact de sa peau laiteuse le faisait
frémir et dresser de désir. Et son odeur délicieuse... lui promettait l’amour et
toutes ses saveurs exquises.
Son image hante encore ses rêves et ne peut sombrer dans l’oubli.
« Esther Yourev, ton esprit est toujours présent... Quand aurais-je de tes nouvelles ?
Existes-tu encore. Où es-tu à présent ? » Le temps a passé. Nous sommes en
2010.
Mon bon maître est dans ses souvenirs. Ils ressurgissent comme d’un volcan
resté longtemps en veille, libérant soudain son torrent de laves incandescentes.
C’était un soir de mai 68. Pendant les événements contestataires où la société
se libérait et voulait refaire le monde à grands coups de pavés lancés à travers
les rues de la capitale. Il remontait le boulevard Saint-Germain quand soudain
une voix l’interpella et vint interrompre sa méditation.
- S’il vous plaît M’sieur, pouvez-vous m’indiquer où se trouve... la rue de la
Huchette ?
Il se retourna et découvrit une silouhette de rêve vêtue d’une belle robe
bleue ornée de broderies d’or. Une croix orthodoxe s’en détachait, révélant la
confession de son interlocutrice. Son visage était éclairé d’un large sourire découvrant
la blancheur émaillé de ses dents de diablesse. Un charme à vous
couper le souffle s’irradiait de cette jeune femme. Elle le fascinait déjà.
- Rue de la Huchette ? C’est pas loin... C’est sur mon chemin, improvisa-t-il tout en réfléchissant. Je vais vous y conduire avec plaisir Mademoiselle, si
vous permettez. Comment vous appelez-vous ?
- Je m’appelle Esther, et vous ?
- Moi c’est Franck !
Chemin faisant, il lui prit le bras, machinalement, sans vraiment s’en rendre
compte. Elle le laissa faire, tourna son visage vers lui et sourit. Son corps se mit
à trembler d’émotion et elle s’en rendit compte. Mais ne dit rien.
En marchant côte à côte, une étrange sensation se fit plus réelle. Des ondes
de désir parcoururent son être. Quel merveilleux moment... Comment faire pour
prolonger ces instants sublimes ? Il fallait à tout prix qu’il la retienne et trouve le
moyen de ne pas laisser filer cette opportunité que lui offrait le destin.
La belle inconnue s’arrêta devant une grande porte de bois imposante située
au numéro 13. Il n’était pas superstitieux. Ce chiffre était le jour de sa naissance et un heureux présage.
Elle lui adressa un regard reconnaissant et lui dit :
- Voilà, je suis arrivée. Je vous remercie. J’ai été très heureuse...
- Moi aussi, Mademoiselle. C’était un grand plaisir de vous accompagner.
Serait-il possible de vous revoir ? ajouta-t-il d’une voix mal assurée, un peu timide.
J’aimerais faire plus amplement connaissance si vous voulez bien me le
permettre. Nous pourrions aller au jardin du Luxembourg par exemple ?
- Bien sûr Franck, mais pas aujourd’hui, ni demain. Je viens d’arriver. Vendredi
si vous le pouvez. Je serais libre et heureuse de découvrir Paris en votre
compagnie. Je suis d’ailleurs, vous savez. La Russie est mon pays.
Il retrouvait son assurance des grands jours et rayonnait de joie. Merci divine
providence. Après avoir fixé les modalités du rendez-vous avec Esther il
repartit heureux. La vie semblait belle et lui souriait. Son coeur battait à se rompre
et il ressentit une bien douce quiétude.
Il s’endormit ce soir-là dans une atmosphère magique, le coeur gonflé
d’amour pour sa belle inconnue. Elle était déjà sa princesse russe. Oubliées
toutes les autres... Suzanna, Solange, Sandrine... Le nom d’Esther seul s’inscrivait
à présent en lettres d’or dans son esprit émerveillé et confiant. Vivement
le jour du poisson ! Ce ne serait pas un premier avril... mais une belle réalité à
consommer avec le plus grand bonheur, sans aucune modération. Jusqu’à
l’ivresse... il se promit de beaux moments d’amour.
Ce vendredi tant attendu arriva enfin. Il rejoignit Esther dans un café du
boulevard Saint-Michel. Ensemble ils remontèrent ce même boulevard pour parvenir
au jardin du Luxembourg, lieu de prédilection des promeneurs et des
amoureux. Des paroles banales sur la beauté des lieux échangées firent vite
place à un autre dialogue plus subtil... plus tactile. Celui des sens et du toucher.
Un baiser d’éternité en prélude à cette journée débutant dans un bonheur parfait
donna le ton. Le temps était radieux. L’heure n’était plus au vain bavardage. Il
devenait obsolète. Mais entièrement vouée à ce contact charnel entre deux êtres
avec toute la magie et l’alchimie qui se conjuguaient. C’était le plus important.
Le temps pouvait bien s’arrêter.
Ils se retrouvèrent ensuite dans l’intimité de la chambre d’Esther finement
décorée. Son lit douillet aux draps de soie les y attendait. Ils allaient faire plus
intimement connaissance et découvrir une autre dimension de l’un et de l’autre.
Les vêtements arrachés les uns après les autres et jetés à la hâte n’importe où
laissèrent apparaître la nudité de leurs corps. Ils ne firent plus qu’un dans un
véritable délire. Il s’enfonça voluptueusement dans sa jolie chatte mouillée de
désir. Ils étaient à présent l’un dans l’autre. Soudés. S’ensuivit très vite un ballet
ondulatoire animé d’un bon rythme qui s’accéléra encore et encore. Jusqu’à ce
que la jouissance les surprenne tous deux en même temps dans un accord parfait.
Un feu d’artifice illumina le ciel étoilé de la chambre. Un moment d’une profondeur
inouïe et libératrice fit suite à mille caresses et mille baisers tout en se
chuchotant des « je t’aime » .
Fous d’amour ils remirent le couvert plusieurs fois de suite. Sans compter.
Electrisés de désir et soumis à ce besoin impérieux de recommencer sans cesse
jusqu’à ce que l’épuisement total les laisse inertes l’un contre l’autre, rassasiés.
Quel bonheur !
On ne parlait pas encore de sida à l’époque. Nous étions en mai 68 et la
société se libérait... dans tous les domaines. A tort et à raison ! Surtout à raison.
Le parfum d’Esther, son haleine délicieuse, ses lèvres sensuelles qui enflammaient
son désir, son corps de déesse sculptée dans sa chair voluptueuse,
comment pourrait-il les oublier, mon bon maître. Ils sont encore en lui ces moments
d’éternité et jamais personne ne pourra les lui voler. Jamais !
Moi je lis dans ses pensées et remonte le temps. Je suis son chat d’amour
et il n’ignore pas les pouvoirs qui sont les miens. Je devine tout et vois l’essentiel.
Il m’a bien choisi pour narrer son histoire...
On m’appelle aussi chat du bonheur. Prend grand soin de moi, mon maître,
je saurai te le rendre au centuple.
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Extrait 3 - Le Temps des adieux
Longtemps après cette journée il revit Esther, partagea et renouvela
avec elle de délicieux moments. Ils ne pouvaient plus se décoller l’un
de l’autre. Après les cours ils se retrouvaient très vite dans le lit. S’ensuivait
à chaque fois une fête charnelle où pas le moindre signe de lassitude ne
se profilait dans cette liaison passionnée... fusionnelle à l’extrême.
Les cernes soulignaient ses yeux au petit matin attestant d’une nuit d’amour
bien remplie. Il était en pleine forme et très épanoui. L’amour transforme et rend
beau paraît-il. C’était son cas.
Mais les jours se suivent et ne se ressemblent pas. C’était un soir d’automne.
Les feuilles jonchaient le sol et le vent s’amusait à les faire voleter. Il faisait
un peu frais. Il attendait sa princesse devant un restaurant du quartier latin
pour un petit dîner en amoureux. C’est là qu’elle lui annonça une nouvelle qui
assombrit son coeur. Elle devait impérativement retourner dans son pays.
Une blague, pensa-t-il. Mais non. Une réalité. De grandes responsabilités
l’attendaient en Russie. Elle ne lui dit pas lesquelles. Comme s’il s’agissait d’un
important secret. Les quelques révélations qu’elle lui fit en disaient long sur un
passé difficile et meurtri.
- Franck, si je te racontais mon histoire, tu en pleurerais. Je dois rentrer
dans mon pays, à présent, c’est une question très importante qui concerne la
sécurité de ma famille. Mais je reviendrai. Je te le promets, le rassura-t-elle.
Ils firent l’amour toute la nuit. La dernière. Torride ! Au petit matin, elle le réveilla
doucement, posant ses lèvres humides et chaudes sur les siennes, murmura
un je t’aime et quitta ces lieux douillets, témoins de leurs étreintes
passionnées, laissant flotter derrière elle son délicat parfum.
Paris s’éveillait doucement. Les bruits allaient crescendo. Franck se retrouvait
seul. Mais ne réalisait pas encore combien elle allait lui manquer.
- Je t’écrirai Franck, lui avait-elle promis.
Il a longtemps attendu une lettre. Guetté le facteur. Jamais un courrier qui
lui aurait donné du beaume au coeur et rendu espoir ne lui est parvenu.
« Où es-tu Esther Yourev ? Est-ce un rêve, ou as-tu vraiment existé ? N’as-tu
été dans ma vie qu’un doux et court mirage ? »
Il se rendit à l’ambassade afin d’y recueillir des renseignements. Mais aucune
trace d’Esther ne filtra jamais malgré les recherches assidues et poussées
entreprises. Elle s’était volatilisée, emportant son rêve et ses secrets. Combien
de fois crut-il l’apercevoir rue de la Huchette, devant ce numéro 13 où il se rendait
souvent. Un pèlerinage qui augmentait sa peine.
Un jour il suivit de loin une jeune fille qui lui ressemblait car elle était blonde
et vêtue d’une robe bleue comme celle qu’Esther portait lors de leur première
rencontre. Il pressa le pas. Arrivé à son niveau il découvrit, déçu, un autre visage.
Rien à voir avec celui de sa princesse. Triste, il se résigna doucement à cette
absence douloureuse tout en gardant ce secret espoir qui fait vivre les êtres et
leur permet de pousuivre la route malgré leur chagrin.
Une période difficile remplaça ces jours heureux. Il n’était plus à ses cours,
avait perdu le goût de vivre et s’enfermait dans la solitude glacée de l’hiver. Mais
le temps est un véritable rouleau compresseur. Il atténue la douleur et cicatrise
les plaies de l’âme.
Après cette triste période hivernale, il allait, avec le printemps qui s’installait
peu à peu dans la capitale, le parfum des fleurs et les gazouillis d’oiseaux qui
égayaient les quartiers parisiens, reprendre une nouvelle direction, refaire surface
et puiser d’autres forces. La vie devait poursuivre impérativement son
cours. Il était trop jeune pour arrêter son flux.
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Extrait 4 - Premier saut en parachute : émotion et adrénaline

Le ciel était devenu pour lui un univers à conquérir. Un terrain de jeu
inconnu qu’il devait apprivoiser et ne rien perdre des instructions du
moniteur. Il lui fallait puiser tout son savoir pour lui permettre ensuite
d’appréhender son premier saut en ouverture automatique.
Après plusieurs exercices d’entraînement au sol où il apprit le roulé boulé
et les différentes techniques de base, on lui présenta le matériel. Rien à voir
avec les appareils sophistiqués d’aujourd’hui. Les parachutes ronds exigaient
le plus grand soin, la plus grande minutie dans le pliage. Il en allait de la sécurité
et de la vie des autres et chacun en était conscient.
Le moment était venu, tout était prêt. Les élèves paras s'installèrent dans l'avion, un Broussard
dont le type lui échappe aujourd’hui. L’appareil vrombit et décolla peu après.
Les visages étaient blèmes à l’intérieur de l’appareil, trahissant une vive émotion
partagée de tous et difficilement dissimulable.
L’instructeur, accompagné d’une très jeune monitrice qui totalisait un nombre
exhorbitant de sauts, leur donna ses dernières consignes. L’avion prit vite
de l’altitude, celle choisie pour ce premier saut était fixée à 800 mètres. Il était
tétanisé et tremblait de tous tes membres, bien plus que les vibrations de l’aéronef.
La présence de cette jeune fille d’un calme olympien et d’une décontraction
totale n’arrangeait rien mais lui fit surtout admettre qu’il ne pouvait pas se
dégonfler. Impossible de reculer. Il était trop tard pour faire machine arrière, il
fallait sauter. Quitte à se résigner à l’extrême : accepter peut-être l’idée de mourir.
La chanson des paras résonnait dans sa mémoire : « Et après tout qu’est-ce
que ça fout et on s’en fout... » Dès lors, ses tremblement cessèrent. Une sonnerie
stridente et le clignotement d’une lampe venaient de déclencher le signal.
C’était le moment. A chacun son tour de se précipiter.
- Allez les gars ! Go ! Go !...
C’était à lui. Il s’élança et se jeta dans le vide par la trappe béante de l’avion.
Sans regarder ni réfléchir, pris par l’action. Il venait d’être largué. Un claquement
sec retentit peu après. Il vit un morceau d’aile dans le ciel d’azur. Son pépin venait
de s’ouvrir. Happé par le vent. Enfin soulagé. Mais il n’osa regarder en bas.
Petit à petit il reprit confiance et effectua quelques tractions sur les suspentes
afin de tester le fonctionnement du parachute. Tout allait bien. Il regarda enfin en bas, timidement, et découvrit dans le silence de la chute un magnifique panorama.
En extase, il contempla... La terre lui appararut vue du ciel.
Il était en
train de concrétiser, émerveillé, le vieux rêve d’Icare : voler. Ce fut une extraordinaire
découverte qui lui procura soudain une sorte de jouissance inattendue
proche de l’ivresse ainsi qu’une autre dimension bien plus spirituelle celle-ci.
Difficile à expliquer. Il faut la vivre.
En même temps que les détails devinrent plus précis, la terre sembla monter
à lui. De plus en plus vite. Et il atterrit en même temps que son ombre,
comme il avait sauté, sans vraiment rien contrôler, ni le roulé boulé qu’on lui
avait enseigné et qu’il avait répété comme au théâtre, maintes fois, sous l’oeil
attentif du moniteur, ni le reste. Tout devint automatique et s’enchaîna dans une
parfaite et logique précision.
Son saut s’était bien passé d’après l’instructeur satisfait de ses élèves.
C’était ça sauter en parachute ! Tout était allé si vite. Que d’émotions ressenties
et d’adrénaline ! Pour pas grand-chose finalement. La peur au ventre
l’avait quitté. Il en plaisantait maintenant qu’il était en dehors de l’action. Cela
n’avait pas été difficile. Fier, il ne pensait qu’à une chose : renouveler très vite
ce bel exploit.
La vie lui apprit, au fil des épreuves, que l’idée qu’on se fait d’une chose
est bien pire que la chose elle-même.
Il réitéra de nombreuses fois les mêmes gestes de ce sport de l’extrême et
essaya d’autres disciplines sportives tout aussi dangereuses qu’il maîtrisa parfaitement.
Comme quoi tout est possible, pourvu qu’on le veuille et qu’on s’en
donne la peine et les moyens de le réaliser.
Une belle victoire sur la timidité et la peur quand l’ordinaire devient extraordinaire.
Chanson des Paras
« En passant par la portière
« Parachutiste souviens-toi
« Qu’un jour il pourrait se faire
« Que ton pépin ne s’ouvre pas...
« Après une chute libre
« Tu auras cessé de vivre
« Entorché dans l’atmosphère
« Tu tomberas comme une pierre
« J’ai vu mourir un pauvre gosse
« A peine âgé de dix-huit ans
« Son pépin s’était mis en torche
« Il est mort en criant maman...
« Je lui ai fermé les paupières
« Recueilli son dernier soupir
« Et j’ai écrit à sa pov’ mère
« Comme un para savait mourir....
« Et après tout, qu’est-ce que ça fout, et on s’en fout... »
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Extrait 5 - Première perm et incident de retour
Mon bon maître est donc redescendu sur terre, sain et sauf. Plus de
peur que de mal après son premier saut en parachute et toutes
les émotions adrénalisantes qu’il en avait ressenties. Peu de
temps après il put savourer sa première perm, retrouver sa fiancée, ses amis
de Limoges et apprécier ce court séjour de liberté bien gagné.
Son corps avait embelli. Il était devenu athlétique dans d’harmonieuses proportions.
Il n’ignorait pas qu’il était bel homme. Les regards féminins qu’il croisait
à la piscine étaient plus significatifs que de longues paroles élogieuses. Mais
ressembler à Rambo n’était pas son ambition et ne l’a jamais été. On peut plaire
sans cela pensait-il avec raison. Il ressentait une sensation exquise l’envahir.
Etre bien dans son corps et dans sa tête était tout simplement merveilleux. Il
mesurait la chance de posséder toutes ces facultés et surtout la santé pour ressentir
un tel bien-être et une telle joie de vivre. Il en avait pleinement conscience
et remerciait le ciel de ce cadeau divin.
Dominique, celle qui allait devenir sa femme, était venue l’attendre à la gare
des Bénédictins. Les retrouvailles avaient été chaleureuses suivies de ces merveilleux
moments d’amour vécus dans le charmant petit village de Saint-Auvent,
au coeur du Limousin, lieu riche en histoire. Le Moyen Age y avait laissé son
empreinte. Elle avait de longs cheveux de jais, était fine comme une liane, tout
en souplesse et lui inspirait un profond désir. Ils ont monté tous deux la tente en
un clin d’oeil dans le pré tout proche du château et de son église du XIIe siècle,
pressés de se blottir l’un contre l’autre, et passé quelques jours... et quelques
nuits de rêve.
C’était au début de l’été 70. Quel parfait bonheur de faire l’amour dans un
tel cadre et de pouvoir exprimer tous ses sentiments à l’être aimé ! Le bonheur
n’est-il pas dans le pré ?
Mais le rêve atteint vite ses limites quand la réalité s’impose. Il faut alors
suivre le cours des choses. Le retour à la base aérienne 726 de Nîmes-Courbessac
approchait à grands pas. Le temps de refaire les bagages à la hâte, un
dernier dîner chez les parents et de revêtir à nouveau l’uniforme.
Le départ du train était prévu vers les 23 h. Après un court trajet à pied,
s’ensuivit une longue attente à la gare de Limoges où les baisers chauds attiraient
la convoitise de certaines personnes assises dans la salle d’attente.
Un monsieur au visage austère et réprobateur, apparemment coincé, se
leva de son siège et vint les réprimander.
- On ne fait pas cela en uniforme, Monsieur ! Et vous Mademoiselle, vous
n’avez pas honte !
Franck se dressa comme un ressort devant cet homme qui venait polluer
leur intimité. En d’autres circonstances il lui aurait fait ses civilités autrement.
Dominique émotive et se sentant fautive et prise à partie, était au bord des
larmes. Le ton monta rapidement.
- Non, on n’a pas honte cher Monsieur. Et vous, de quel droit venez-vous
nous déranger ? D’abord qui êtes-vous pour nous faire ainsi la morale ? En quoi
cela vous dérange-t-il qu’on s’embrasse. Si l’amour vous dérange, vous n’avez
qu’à pas regarder espèce de voyeur ! Maintenant je vous en prie, déguerpissez,
lui rétorqua-t-il en colère, ne pouvant s’empêcher de penser :
- T’as vu comme t’es gaulé en plus !
L’envie de corriger cet individu et de passer à l’acte le titillait. Mais il se maîtrisa
et garda son calme face à l’énergumène qui se mêlait à tort de leur vie privée,
gachant l’instant de leur séparation imminente. C’était comme si le couple
ne s’appartenait déjà plus.
L’importun s’éclipsa sans demander son reste.
- Ne t’en fais pas ma chérie, c’est pas grave, les gens sont méchants tu
sais, ça va aller, c’est rien, lui murmura-t-il pour la calmer et la rassurer.
Le train qu’il devait prendre était entré en gare. Ils se serrèrent l’un contre
l’autre pour échanger un dernier baiser... Puis il la quitta et se dirigea vers l’accès
aux quais, se retournant une dernière fois avant de disparaître enfin de son
champ visuel. Il garda en mémoire son sourire tristounet et grimpa peu après
les marches du train pour s’installer dans un compartiment, amer de cet incident
inutile et frustrant.
Après une nuit passée sans avoir beaucoup dormi, car bien des pensées
avaient longtemps perturbé son esprit, et enfin apaisé par le roulement du train,
il arriva en gare de Nîmes. Tout un programme d’examens et d’épreuves sportives
l’attendait sur la base.
Les appelés n’ayant pas à effectuer ces épreuves allaient partir vers d’autres
bases proches de leur domicile ou du lieu qu’ils avaient choisi pour y accomplir
la fin de leurs obligations légales.
Franck devait rester six semaines de plus à Nîmes pour encadrer une section
de nouveaux arrivants avant d’être affecté à son tour à la BA 120 de Cazaux, dans le
bassin d’Arcachon, près de Bordeaux.
Pour se donner du beaume au coeur et un peu de courage, il pensait à sa
prochaine perm où il s’était promis de rendre visite à sa marraine, dans cette
belle région du Périgord noir près de Sarlat.
Un séjour plein de promesses où il pourrait se reposer l’esprit et prendre
du recul sur les derniers événements de sa vie.
Il éprouvait le besoin de faire un break pour repartir d’un bon pied.
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Extrait 6 - Nature en danger et appel au civisme
La vie est faite pour apprendre disait le philosophe. Mais elle est bien
trop courte pour aller au sommet de la connaissance tel l’alpiniste qui
atteint un pic et découvre l’immensité qui s’étend devant lui. Si haut
soit-il, réalise-t-il que le but à atteindre est encore très loin et se perd dans l’imprécision
de l’infini et l’incertitude de l’avenir ?
Que de sommets innombrables lui reste-t-il à gravir. Que d’épreuves à surmonter.
S’affranchira-t-il un jour de ses propres limites ? Les repoussera-t-il encore
et encore pour atteindre l’inaccessible rêve et concrétiser le but de ses
ambitions. Mais les limites ne dépendent-elles pas du principe du seuil des compétences
selon Peter ?
Les brèves de comptoir où l’on refait le monde devant un pastis s’étalent
sur le zinc et abreuvent la chronique politique. Les verres se remplissent à nouveau.
Chacun paie sa tournée et dit la sienne, histoire de ne pas se taire, mais
ne donne pas de solution pour autant.
Pas un seul jour ne passe sans qu’on apprenne qu’un bateau transportant
du pétrole ou autre polluant s’est échoué en mer, y déversant sa redoutable cargaison
nocive aux espèces naturelles, faune et flore confondues, tuant la vie et
faisant de la mer un vaste cimetière. Le 20 avril 2010, explosait la plate-forme
pétrolière « Deepwater Horizon », formant une immense marée noire dans le
golfe du Mexique. Ça continue !
Jusqu’à quand mangerons-nous du thon rouge issu de la pêche enfin réglementée
par Bruxelles ? Une chair si prisée des Japonais. Mais une espèce
en forte voie de disparition qu’on exploite jusqu’à épuisement.
Que fait-on pour la protection des mammifères marins ? qui ne prolifèrent
plus... et disparaissent peu à peu. Ils viennent parfois s’échouer sur les plages
et y mourir. SOS Grand Bleu priez pour eux mais surtout agissez vite.
La nature est en danger. La pollution gagne du terrain. Nicolas Hulot et Yann
Arthus Bertrand tirent la sonette d’alarme depuis bien longtemps et mettent l’accent
sur les risques qui guettent la planète. Leurs reportages finement ciselés
en font un état des lieux bouleversant.
Le sommet de Copenhague a accouché d’une souris ! Pas grand-chose
n’en est ressorti. Qu’aurons-nous demain dans nos assiettes ? Du poisson au
mercure... Des légumes et des fruits transgéniques... disent les optimistes.
Y-en aura t-il pour tout le monde ? Pas sûr, disent les autres.
L’être humain n’est pas au mieux de sa mentalité. Il lui reste à parfaire son
éducation dans bien des domaines. Respecter la nature c’est respecter la vie et
se respecter soi-même. Combien de fois ai-je pu observer des comportements
irresponsables. Pique-niquer et prendre un bol d’air, c’est bien. Mais laisser ses
immondices et détritus en bord de route, ça l’est moins.
La cigarette fait des ravages bien au-delà des poumons de ceux qui fument.
Dans notre région exposée aux feux de forêts attisés par un fort mistral, il n’est
pas rare de voir en plein mois d’août des conducteurs inconscients jeter leurs
cendres par la vitre baissée de leurs véhicules sur l’autoroute sans se soucier
des départs de feux qu’ils peuvent créer. L’irresponsabilité de ces individus devrait
être sanctionnée, bien plus que les dépassements de vitesse constatés par
les gendarmes et les radars qui fleurissent au bord des routes. Une conduite et
des mesures à reconsidérer.
Un homme au volant de sa voiture n’est plus tout à fait le même qu’à pied.
Il roule pour lui, sans se préoccuper de la sécurité des autres usagers. Les motards
en font un constat amer. Ils payent chaque année un lourd tribut avec un
long cortège de tués sur les routes. Violence routière et irresponsabilité font des
victimes. Quand il n’y a pas l’alcool et le cannabis pour corser le tout !
La courtoisie ? Parlons-en. C’est tout un dialogue qui se fait en voiture entre
automobilistes. Un sourd et malentendant pourrait y lire les pires insultes sur
les lèvres. Quand on n’en vient pas à l’altercation qui dégénère en pugilat.
Nos plages ne sont pas épargnées. Les mégots jonchent le sol et polluent
sable et galets. Seules quelques personnes soucieuses du respect de l’environnement
emmènent avec eux une boîte destinée à recueillir cendres et mégots.
Les valeurs du civisme semblent trop souvent se liquéfier dans de telles attitudes.
Dommage !
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Extrait 7 - Retour vers un monde plus humain
Nous sommes en mai 2010. Mon bon maître, je t’en prie, arrête ton
délire, cesse de te tourmenter l’esprit et de te prendre la tête. Oublie
la nature en danger et pense à des choses plus gaies. Bientôt les
beaux jours reviendront et avec eux les balades en moto, les vols en parapente,
les bains de mer et autres petits voyages. Pense à ton chat qui vit dans ton
ombre avec amour et ne peut être heureux que si tu l’es toi aussi.
- Mais Cannelle, j’suis pas morose, je vois les choses telles qu’elles sont
c’est tout ! Alors, selon toi, il faut faire comme l’autruche, s’enfoncer la tête dans
le sable pour ne plus rien voir ! Et laisser faire ce monde qui va à vau-l’eau ?
- Mais mon bon maître, tu ne pourras pas faire grand-chose. Prend le temps
d’apprécier la vie, tu en as les moyens, je crois !
- Si tout le monde s’en fout, alors je dépose les armes. Mais sache que si
tout le monde fait un peu, ça peut faire beaucoup au bout du compte.
- C’est vrai, mais tu sais, y-a un proverbe chinois qui dit aussi : « Profite de
la vie, il est plus tard que tu ne crois... ».
- Je suis donc si vieux que ça ? Ça se voit tant qu’ça ?
- Mais non, mon maître, tu es aussi jeune que ta foi et ton espoir, aussi
jeune que ta joie de vivre. Ne sois pas pessimiste car tu seras aussi vieux que
ton désespoir. Cherche dans la vie de nouvelles sensations, d’autres satisfactions,
elles feront de toi un homme combatif, toujours jeune et heureux.
- Merci mon chat pour cette belle leçon de vie qui va faire de moi un nouvel
homme plein de ressources. D’où tiens-tu toutes ces vérités ? dis-moi.
- C’est là tout mon secret ! Sais-tu que j’ai sept vies ?
Mon maître s’est replongé dans une autre époque. Nous sommes un matin
d’août 1970. Il vient de franchir le portail de la base aérienne 120 de Cazaux,
près d’Arcachon. C’est sa deuxième permission depuis le début de sa vie militaire.
Il rend visite à sa marraine dans le Périgord noir, à Beynac, tout près de
Sarlat très exactement. Avec pour seul moyen de transport le stop. Il marche
sur la route et guette les rares véhicules qui passent levant le bras.
Une voiture s’arrête à son niveau. Le conducteur est un curé engoncé dans
sa soutane. Il baisse sa vitre et l’interpelle :
- Vous allez où jeune homme ?
- A Beynac, près de Sarlat. Je vais voir ma marraine.
- C’est sur ma route, je vais à Périgueux. Montez donc !
- Merci M’sieur, lui répond-il maladroitement, oubliant les convenances et
les civilités dues à un prêtre. Pourtant il est allé au catéchisme jadis et a même
fait sa communion solennelle dans une belle aube blanche.
- Excusez-moi mon père, vous savez, je sors de la cazerne, je me sens un
peu timide et pas très sûr de moi avec les personnes de votre qualité.
- C’est pas grave, je comprends très bien. Vous savez, j’ai été comme vous
et ensuite je me suis tourné vers Dieu. J’ai découvert que c’était ma voie.
- Je pense que c’est important de trouver sa voie. Moi je la cherche encore,
je ne sais que faire après un apprentissage dans l’imprimerie. J’aimerais évoluer
vers un autre métier plus en rapport avec mes aspirations, mais on ne fait pas
toujours ce qu’on veut. La vie choisit parfois à votre place et vous impose autre
chose, ne croyez-vous pas ?
- C’est vrai, mais je suis sûr que vous allez trouver votre chemin. Vous êtes
jeune et bien parti, vous savez !
- Pour l’instant je suis parti voir ma marraine, mon père, c’est mon chemin
actuel, et je vous remercie de m’avoir pris en charge pour m’y conduire. C’est le
ciel qui vous envoie. Je ne m’attendais pas à faire la route avec un prêtre.
- Vous avez de la chance d’avoir une marraine. La mienne a quitté ce
monde il y a sept ans et je l’aimais beaucoup.
Le chemin se déroule sans encombre et au fil de la discussion s’ensuit un
échange très riche avec l’homme d’église.
Passé Sainte-Foy-la-Grande, les premières maisons périgourdines en
pierres ocre pâle apparaissent dans tout le charme de leur style, dressant leur
toitures pointues couvertes de lauzes. Arrivé à Sarlat, le prêtre arrête son véhicule
histoire de faire quelques courses et un petit pipi. Facile en soutane ! Mon
maître resté dans la voiture a juste le temps d’admirer les ruelles pavées du
centre historique, la maison de la Boétie et le gothique flamboyant, base de l’architecture
sarladaise.
Puis ils reprennent la route pour Beynac situé à dix minutes.
Le curé stoppe son véhicule juste après le village, sur la route de Saint-Cyprien
et prend congé de son jeune passager tout heureux de pouvoir enfin se
dégourdir les jambes et finir son chemin à pied.
- Bien le bonjour à votre marraine et bon séjour mon garçon.
- Merci mon père et bonne route à vous.
Il n’avait pas donné à sa marraine d’heure d’arrivée car en stop les impondérables
faussent le timing. Mais ce n’était pas grave. Il est un peu plus de
13 h 30 et dans cette famille on se met à table assez tardivement. Il arrive enfin
au sommet de la colline.
Un paysage verdoyant dans lequel s’étend un vaste pré sert de tapis vert
à la maison. Les aboiements joyeux du chien l’accueillent. La porte de la maison
s’ouvre toute grande laissant apparaître dans son encoignure une femme souriante
au regard bleu pétillant. Nénoue suivie de Serge, son époux, sortent tous
deux pour accueillir mon maître.
- Alors, Franckie, tu as fait bon voyage ? Comment es-tu arrivé jusqu’à
nous ?
Approche qu’on t’embrasse lui souffle-t-elle heureuse de ces retrouvailles,
le serrant fort dans ses bras. Une bise à tous les deux sans manière et
une autre au vieux Léon, le père de Nénoue qui vient de sortir lui aussi pour
l’accueillir. Franck a l’impression de débarquer sur une autre planète. Il retrouve
cette ambiance chaleureuse des gens simples et travailleurs de la terre.
Tout minot il venait passer quelques jours avec ses parents et aimait les
longues soirées devant la cheminée. On parlait fort. Mais ça le rassurait plutôt.
Il n’était pas le filleul préféré de Nénoue. Loin de là et il le savait.
C’était Françoise, la fille du colonel qui avait le titre de favorite. Mais il s’en
moquait. Il n’était pas jaloux et aimait sa marraine et tous ceux qui vivaient auprès
d’elle de la même façon.
Nénoue lui avait offert sa première montre en plaqué or pour sa communion
et plus tard une ménagère en inox comme cadeau de mariage. Ce n’était certes
pas du grand luxe mais pour lui la générosité était d’abord celle du coeur.
- Demain, tu veux bien venir au marché avec nous, Franck ? Tu nous aideras
à vendre les plants de fleurs, ça nous rendra bien service.
- Avec plaisir Nénoue. Ça me changera de la vie militaire.
- Au fait comment ça se passe à Cazaux ?
- Très bien marraine. C’est pas toujours facile, la discipline, mais bon, on
s’y fait. La nourriture c’est pas comme ici tu sais. Je crois que je vais apprécier
ton repas. Oh ! comme ça a l’air appétissant tout ça, la complimente-t-il tout en
jetant un regard gourmand sur la table abondamment garnie.
Le foie gras trône en bonne place. La tourte paysanne fraîchement coupée
laisse entrevoir sa mie légèrement ambrée. Un vrai délice avec un verre de
Montbazillac. Le confit de canard et l’omelette aux cèpes complètent ce festin.
Et pour finir le cabécou et une crème caramel dorée au four.
- Si on allait faire une promenade, après le déjeuner, pour digérer ? suggère
Nénoue avec entrain.
- Ça c’est une bonne idée. Je vais aller me changer, répond mon maître.
La journée se poursuit en empruntant les petits chemins à travers les bois
de châtaigniers dont les feuilles déjà roussies annonçent la venue de l’automne
proche et la saison des champignons. Une belle balade où l’odeur de l’humus
et des bois emplit les poumons et flatte les narines. Nénoue marche en tête,
le chien sur ses talons, un bâton à la main, infatigable.
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Degré de parenté qui unit mon maître à sa marraine : son père a quitté l’Alsace pendant la dernière
guerre pour se réfugier en Périgord comme beaucoup d’Alsaciens qui ne voulaient pas collaborer
avec l’Allemagne. Il y a connu sa première femme, Marguerite, soeur de Nénoue, décédée
peu après son mariage à l’âge de 23 ans, et s’est remarié avec la cousine de celle-ci, sa mère. Une
période trouble où l’occupant nazi faisait régner la terreur sur cette belle région comme ailleurs.
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